Le roman de Fabio Mitchelli s’inscrit dans la tendance des true crime, ces romans qui relatent crimes et criminels réels, une tendance plutôt prisée par des auteurs américains. L’ombre de l’autre met en lumière les coulisses d’une des affaires les plus marquantes de ces dernières années, celle du tueur en série Francis Heaulme…

Comment vous est venue l’idée de ce roman hanté par Francis Heaulme ?

Passionné de faits divers, plus particulièrement par les tueurs en série américains qui ont jalonné le XXème siècle (Jeffrey Dahmer, W.Richard Bradford, Luka Rocco Magnotta, Robert Hansen, etc...), mes fictions n’ont jamais quitté les États-Unis. L’idée d’écrire une fiction se déroulant en France a cheminé. En mai 2017, alors que s’ouvre à Metz le procès de Francis Heaulme, c’est en lisant la presse que me vient le début de la trame de L’ombre de L’autre.

En quoi son cas vous a-t-il interpelé ?

J’ai tout de suite su qu’il me fallait raconter ce que cet individu a commis sur le territoire français. L’expliquer, mais du point de vue d’un journaliste et d’un gendarme, tous les deux personnages centraux du roman. L’intérêt de relater le sombre parcours de Heaulme n’était pas tant de narrer son œuvre criminelle, mais plutôt de mettre en évidence les différents traumatismes psychologiques qui auraient pu contribuer à sceller son destin de criminel, en démontrant l’importance du rôle de la famille et de l’entourage.

Quelles difficultés représentait le fait d’écrire sur un cas français ?

Il a fallu que je comble certaines lacunes, comme celles concernant la police judiciaire française, sa façon de fonctionner, les procédures légales, sa hiérarchie. Il m’a également fallu découvrir l’univers de la magistrature, le métier de procureur général, celui de juge d’instruction, etc… j’avais l’impression de tout réapprendre, tant la police et la justice américaine sont différentes des nôtres.

L’équilibre entre fiction et réalité est-il toujours facile à trouver ?

C’est bien tout le contraire. Faire en sorte de lier une trame de fiction à des faits divers, faire en sorte que la chronologie entre en collision avec ces faits, tout cela reste un exercice délicat. Il faut rester crédible dans la fiction, même si parfois la réalité la dépasse. Dans la mesure du possible, il faut essayer de donner au lecteur l’illusion, pendant un laps de temps limité, que les faits présentés peuvent être possibles… Très souvent, je songe à cette belle phrase d’Albert Camus : « La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur ».

Avez-vous à l’instar de votre personnage rencontré des personnes impliquées dans l’enquête à l’époque ?

Oui, et c’est d’ailleurs ce qui aujourd’hui motive mes écrits. Que ce soient les policiers, les témoins, les magistrats, les proches du criminel ou des victimes, les psychologues ou psychanalystes, rencontrer les protagonistes impliqués dans l’affaire traitée dans mon roman, cela reste la partie la plus passionnante du processus d’écriture. Aussi, afin de mieux dessiner le personnage du juge d’instruction qui dirige l’enquête avec le commandant Steiner, et tout ce qui concerne le procès de Francis Heaulme, je me suis rapproché du Procureur général de la cour d’appel de Metz, M. Jean-Marie Beney. Il est le magistrat qui a occupé le siège du ministère public lors du procès, mais il est aussi à l’origine de la réouverture du dossier de l’affaire Grégory, en 2008. Il m’a accordé un entretien exclusif et m’a permis de mieux comprendre l’affaire du double meurtre de Montigny-Lès-Metz, il m’a également permis de cerner plus profondément la personnalité de Francis Heaulme, mais aussi de saisir les rouages parfois complexes de la justice française.

Vous vous êtes également déplacé dans la région de Metz…

J’y ai rencontré toute l’équipe des Restaurants du Cœur, dont le fonctionnement, a contrario de sa démarche, n’est pas très connu. Puisque des protagonistes du roman travaillent dans les locaux du « Resto », il m’a semblé évident d’en comprendre son articulation et de rencontrer les acteurs, pour la plupart bénévoles, de ce mouvement solidaire. J’ai également beaucoup travaillé avec des consultants, dont monsieur Jean-Marie Beney, mais aussi un psychologue, une psychanalyste, un médecin légiste anthropologue, un lieutenant et un commissaire de la police judiciaire.

Le contexte politique de votre ouvrage est également très présent, l’actualité est-elle une source d’inspiration ?

Forcément. La politique n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais elle reste un sujet de préoccupation pour beaucoup de Français. J’ai trouvé judicieux de la mêler au contexte du roman, puisque le récit se déroule en pleine période électorale présidentielle et législative. La politique, la justice, souvent liées, me laissent croire que des enjeux existent, et notamment concernant les affaires criminelles retentissantes. C’est la raison pour laquelle, dans L’ombre de l’autre, le personnage du juge d’instruction, investi en politique, est hanté par son devoir mais aussi par son apparence, son rapport aux autres, et son fort désir de boucler son enquête.

Vous êtes publié en avant-première au Club, cela représente-t-il quelque chose pour vous ?

Plus que tout, oui. C’est une chance pour le lecteur de pouvoir découvrir des romans en avantpremière, mais c’est aussi une incroyable opportunité pour l’auteur de toucher un lectorat exigeant, habitué aux sélections du Club. Chers lecteurs, j’ai hâte de vous rencontrer…