On le connaissait auteur de suspenses aussi diaboliques qu’irrésistibles, Michel Bussi ajoute aujourd’hui une nouvelle corde à son arc et devient auteur de contes pour enfants ! Un nouveau rôle qui s’impose avec naturel et dont il nous confie la genèse.

Vous semblez porter en vous Les contes du réveil-matin depuis longtemps…

C’est un projet très ancien, certains de ces contes ont été écrits bien avant mes romans. J’en ai abandonné certains, j’en ai repris et modernisé d’autres pour qu’ils me correspondent vraiment avant de les publier. C’est un ouvrage différent et atypique, j’en avais conscience. Il nécessitait de prendre son temps, d’autant que j’avais aussi envie d’en faire un beau livre.

Pourquoi avoir demandé à Eric Puybaret de l’illustrer ?

Il était en tête de ma short-list ! Ce qu’il fait est très beau, poétique tout en étant moderne et drôle. Ça correspondait vraiment à l’univers que j’imaginais pour Corentin. Eric avait carte blanche et le résultat est magnifique.

Vous dites de Corentin qu’il est votre Petit Prince…

Son ombre place forcément. Sans vouloir me comparer, ma démarche est assez proche de celle de Saint-Exupéry. À la sortie du Petit Prince, on lui a beaucoup reproché d’avoir écrit un conte qui ne soit ni totalement pour enfants, ni totalement pour adultes. C’est ce qui en fait finalement un chef-d’œuvre ! Je n’ai pas cherché non plus à écrire spécifiquement pour les enfants. Certains font ça très bien. L’idée était plutôt de faire quelque chose de « transgenre », des récits aux tonalités différentes qu’on peut apprécier différemment selon son âge.

Quels sont les contes qui vous ont marqué, voire influencé ?

Outre les contes de Perrault et autres qui sont gravés comme pour chacun, je pense aux Contes du Chat perché de Marcel Aymé. Les aventures de Delphine et Marinette dans une ferme où les animaux parlent, sont parfois très drôles, avec une sorte d’euphorie. Mais d’autres sont plus mélancoliques, voire cruelles. Les enfants peuvent être intrigués par un conte un peu dérangeant, être attirés par un côté mystérieux sans avoir besoin de tout comprendre. On retrouve aussi ce mélange dans Les Contes de la rue Broca de Pierre Gripari. C’est cet esprit que j’ai voulu retrouver. Les contes peuvent parfois être plus subversifs que d’autres formes de littérature.

En quoi Corentin se rapproche-t-il de vos autres héros ?

Le fil conducteur est peut-être la perte de l’innocence. Je suis resté assez mystérieux sur la vie-même de Corentin, mais les adultes apparaissent peu. C’est un enfant seul, qui s’est construit un monde imaginaire où les objets remplacent les adultes et où il se fait son propre apprentissage. Le fond est cette impression de solitude, quelque chose qui peut apparaître un peu symbolique de l’époque.

Y a-t-il un livre plus particulièrement associé à Noël pour vous ?

Un petit livre qui s’appelle « Couché papa ! » (de Mireille d’Allancé, ndlr) sur un ourson turbulent qui aimerait aider son papa à décorer le sapin. À la fin celui-ci le fait monter sur ses épaules pour accrocher l’étoile en haut du sapin de Noël et je fais pareil avec ma fille !